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Note d'étape sur les
visites et le travail d'inventaire |
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Analyse réalisée à partir de différentes visites de lieux interassociatifs
1 - Les différents types de lieux interassociatifs
En premier lieu, on est frappé par l'extrême diversité des lieux associatifs tellement les associations qui les composent sont relativement diverses. Il faut voir aussi que les raisons qui ont motivé la création de telles structures peuvent beaucoup varier d'un endroit à l'autre : mise en commun de moyens, se rencontrer ou partager des valeurs communes, se rassembler autour d'un objectif précis comme par exemple l'organisation de la semaine de la solidarité internationale ou encore l'initiative a pu venir d'une mairie avant qu'une réelle dynamique interassociative ne démarre... Cependant sur soixante lieux visités ou recensés à ce jour on peut parvenir à définir certaines grandes familles :
Lieux type bar associatif orientés sur la pratique de l'autogestion : Ces collectifs associatifs souvent d'orientation libertaire, mais pas exclusivement, reposent principalement sur une implication des militants. Dans ce type de structures, les militants considèrent souvent que l'embauche d'un salarié peut contrarier leur principe de fonctionnement : la recherche d'un certain équilibre des pouvoirs entre chaque membre. Par ailleurs le fait de rechercher des subventions auprès des pouvoirs publics peut être considéré comme une perte d'indépendance. Ces lieux reposent beaucoup sur la recherche de convivialité. Ils servent à organiser des réunions entre militants, à offrir des permanences au public avec parfois la présence d'un petit centre de documentation. De part l'investissement exclusif des bénévoles, les horaires d'ouverture sont souvent restreints à quelques demi-journées par semaine ou en soirée. L'autofinancement est le plus souvent assuré par les cotisations des membres ainsi que l'organisation de concerts ou autres séances de cinéma comme à Angers avec le bar associatif de l'Etincelle. Ce type de structure représente environ 15% des lieux visités ou recensés.
Lieux type Maison interassociative : Contrairement à la catégorie précédente, ce type de collectifs cherchent à se donner les moyens d'une certaine efficacité qui passe le plus souvent par la recherche de moyens financiers plus importants et le recrutement de salariés. Au départs ces associations se sont rassemblées soit parce qu'elles avaient des actions proches ou des affinités communes qui tournent le plus souvent autour de l'économie solidaire, la solidarité internationale, la défense des droits de l'homme ou encore la protection de l'environnement. Si des maisons ont vraiment un seul axe qui peut être la solidarité internationale, d'autres comme la Maison de la Nature et de l'Environnement à Lille regroupent des associations de tous les thèmes précédemment cités. Si l'on retrouve quelquefois le côté bar associatif voire cafétéria associative, ces structures suivant leur importance, peuvent regrouper en un même endroit différents services à l'attention du public et des associations : mise à disposition de salles, moyens de reprographie, centre de documentation, lieu d'exposition, permanences juridiques, conseils de gestion aux associations... 60% des structures visitées ou recensées peuvent rentrer dans cette catégorie.
Lieux type Centre culturel associatif : Ces lieux se distinguent des maisons interassociatives par une orientation dans le domaine culturel vraiment marquée même si la problématique de la solidarité est loin d'être absente. Les associations membres de ce type de structures sont presque exclusivement des associations tournées vers le spectacle vivant, la production d'art plastique et d'autres domaines touchant à la culture. Au niveau de la gestion interne et des finances, on retrouve le même scénario que dans les maison associatives sauf que les services sont ceux que pourrait offrir un centre culturel : lieux de répétitions, salles de spectacles, ateliers, studio d'enregistrement, conseil dans l'organisation de manifestations culturelles... C'est le cas de lieux comme Mains d'Oeuvres à Saint-Ouen ou la Friche Belle de Mai à Marseille. 15% des lieux visités ou recensés.
Environ 10 % des lieux sont en fait une combinaison de plusieurs de ces profils. On peut citer l'exemple du Centre Culturel Oecuménique de Villeurbanne où l'on trouve presque autant d'associations dont l'activité est tournée vers la paix et la défense des droits de l'homme que celles orientées dans l'action culturelle. De cette étude, on pourrait dire qu'il existe trois réseaux de lieux différents mais c'est sans compter les nombreuses passerelles qui peuvent exister entre ces diverses structures et la possibilité qu'elles ont d'évoluer d'un profil à l'autre.
2 - Mode d'occupation des locaux
Les cas de figures sont relativement divers :
- Mise à disposition de locaux : 45% des lieux interassociatifs bénéficient d'une mise à disposition par la mairie de locaux souvent à titre gratuit ou avec un loyer modeste qui se limite à une participation aux charges. Dans la très grande majorité des cas, les associations utilisent les locaux comme elles l'entendent. Cependant, certaines mairies imposent des contraintes horaires et des règles d'utilisation des locaux qui peuvent se révéler parfois très contraignantes comme pour le CIIP de Grenoble ou la Maison des Tiers-Monde de Montpellier.
- Location : 20% des collectifs associatifs louent leurs locaux à un particulier. Cela va de la location d'un simple garage avec un coût qui reste relativement modeste à la location de grandes surfaces qui peuvent représenter une part importante dans le budget de fonctionnement de la structure. C'est le cas de la Maison des Droits de l'Homme de Limoges qui n'a pas réussi à obtenir une mise à disposition de locaux de la mairie mais simplement une participation financière par le biais d'une subvention annuelle qui ne couvre qu'une partie du loyer.
- Achat : Dans 20% des lieux visités on trouve des structures associatives qui sont propriétaires des lieux. La situation souvent rencontrée est celle où une société civile et immobilière (SCI) a été constituée pour acquérir le lieux avec des actionnaires qui investissent surtout pour avoir une rémunération d'ordre moral pour soutenir les associations. La Société Civile et Immobilière loue ensuite les locaux à une structure interrassociative qui gère les lieux pour un loyer dans le plus souvent des cas avantageux qui se limite aux charges et à l'entretien des locaux.
- Occupation : Les 15% restants représentent les collectifs qui ont choisit d'occuper un lieu sur le mode du squat. Il est relativement fréquent de trouver dans les villes des friches industrielles ou des immeubles inoccupés. L'action consiste à redonner vie à ces lieux en permettant de développer des activités associatives et militantes. Il s'agit aussi de reposer le problème de la spéculation immobilière qui rend inaccessible le logement que ce soit pour les particuliers ou pour les associations. Souvent ce mode d'occupation est relativement précaire car vient le moment où les associations peuvent se faire expulser y compris par la force avec l'intervention des CRS et autres gardes mobiles. Dans certains cas la situation d'occupation sans droit ni titre est régularisée par une négociation avec le propriétaire ou les collectivités territoriales et la situation peut évoluer vers une mise à disposition des locaux ou une location comme ce fut le cas avec l'énorme projet de Friche Belle de Mai à Marseille.
3 - Les modes de financements
Il a tout d'abord les lieux qui fonctionnent avec des moyens limités et sans salariés soit par choix politique, soit par manque de motivation pour assumer de telles responsabilités ou encore parce qu'ils n'ont pas trouvé les moyens financiers. Dans ce cadre là les seuls ressources sont celles des militants membres des associations ou les actions d'autofinancement organisées au coup par coup (concerts, foire à la brocante, vente de clafoutis...) Environ 15% des structures interassociatives rentrent dans ce cadre là.
Environ 25 % des structures parviennent à se financer majoritairement sur leurs fonds propres obtenus par la vente de prestations. Dans 10% des cas les structures parviennent à une très grande indépendance vis à vis des pouvoirs publics en parvenant à boucler leur budget en n’ayant pratiquement pas recours aux financements publics (-20% de financements publics). On peut citer le cas de l'Espace Saint Georges Communication à Lyon où l'on retrouve une entreprise extérieure à qui le collectif interassociatif a confié la gestion du lieu. Un permanent détaché par l'entreprise extérieure spécialisée dans la gestion associative finance son poste à partir des loyers versés par les associations au prorata de leur utilisation du lieu. Ce type de financement d'un permanent même sans faire intervenir une entreprise extérieure ne peut se retrouver que principalement dans les grandes villes où les loyers dans le secteur privé sont élevés et où le nombre et l'importance des associations atteint une masse critique suffisante. D'autres lieux peuvent s'en sortir en partie par la production de services marchands dans lequel on retrouve les gîtes ruraux (comme la Cardabella et le Gîte de l'Eolienne sur le plateau du Larzac). Par ailleurs, des collectifs qui sont composés d'associations surtout orientées dans le secteur économique comme le commerce équitable, l'économie solidaire peuvent contribuer à consolider la structure financière de l'ensemble.
Structures fonctionnant principalement à partir des aides publiques :
Enfin, parmi les structures qui sont parvenues à recruter des salariés et développer des activités s'apparentant à des actions de service au public avec une programmation de manifestations publiques sur l'année, on retrouve une forte majorité (60% des structures) dont l'existence dépend principalement des fonds publics ( 75% des ressources ou plus) que ce soit à travers les emplois aidés, les financements des collectivités territoriales ou de l'Etat. Cela montre à quel point les lieux interassociatifs sont relativement dépendants des politiques publiques notamment au niveau de la question des emplois et combien la validation ou la reconnaissance de leurs activités vis-à-vis des pouvoirs publics sont importantes.
4 - Services proposés
Dans les services qu'ils offrent, les lieux jouent plusieurs rôles :
- Offrir des services à chaque association : Il s'agit de mettre à disposition des salles de réunions, des moyens de reprographie, dans certains cas des conseils de gestion, boites aux lettres, des moyens logistiques spécifiques aux associations engagées dans le domaine culturel... qui peuvent à chaque fois aider les associations dans leur propre fonctionnement.
- Favoriser le lien et les activités communes entre les associations : Cela passe par un rôle joué dans l'amélioration de la circulation de l'information entre les associations : le fait d'offrir un espace commun de rencontre parfois renforcé par le côté bar ou cafétéria, de proposer des listes de discussions sur Internet favorisant le dialogue entre les membres de différentes associations, d'offrir une coordination ou de rapprocher les associations lorsqu'elles mênent des actions en commun.
- Assurer l'interface entre le public et les associations : les lieux peuvent offrir un créneau renforcé d'ouverture au public et divers services qui rend lisible et attractif le lieu vis-à-vis de l'extérieur tels qu'un centre de documentation, des permanences juridiques, une boutique de commerce équitable, un espace d'exposition, des salles de spectacles... Sachant que dans certains cas l'ensemble des services peuvent être gérées soit la structure interassociative soit par les associations membres et dans tous les cas chaque activité profite de la proximité des autres pour attirer le public.
5 - La question de la dynamique interassociative
La Dynamique interassociative est aussi cruciale que difficile à entretenir dans les lieux interassociatifs. Le problème souvent rencontré dans les lieux est celui de trouver des militants qui soient près à se dégager en partie de leur investissement dans l'association de départ pour s'impliquer dans le fonctionnement du lieu interassociatif. Il ressort que les lieux dans lequel on trouve au moins un noyau dure de 3 ou 4 associations qui portent le projet et qui sont capables de garder un minimum de cohésion entre elles, sont un gage de pérennité et un facteur de réussite pour créer une véritable dynamique interassociative qui peut s'élargir à un nombre beaucoup plus important de structures.
La question de la clarification des rôles entre la structure et les associations qui la compose semble aussi importante. Il est bien évident que les services offerts par le lieu interassociatif ne doivent pas venir en concurrence avec les services des associations membres mais au contraire les compléter ou les renforcer. Dans de nombreux cas, enrichies par leurs expériences, les lieux interassociatifs ont trouvé la voie de ce qui peut constituer leur point fort : être des facilitateurs pour les associations.
Les structures interassociatives soucieuses de préserver une certaine cohésion ont ainsi tendance à se situer en retrait lorsqu'il s'agit de se mobiliser sur un sujet trop polémique. Dans de nombreux lieux les mobilisations de ce type sont en fait reprises par des collectifs créés pour la circonstance et qui s'appuient sur les infrastructures qu'offrent les lieux interassociatifs pour fonctionner. Ce mode d'organisation laisse ainsi la liberté pour chaque association de s'investir dans les campagnes suivant son affinité sans ce que cela ne mette à mal la cohésion du lieu interassociatif. On retrouve aussi ce principe de liberté d'investissement des associations dans la charte de Sao Paulo qui régit le fonctionnement des Forum sociaux mondiaux, continentaux et locaux. |