Le réseau RELACS se construit de la
contradiction entre lieux et moments ou encore espace et temps. Aujourd'hui il y a un
nouveau mouvement qui se développe et qui s'est approprié un temps : celui des Forums
Sociaux. Ce même mouvement n'a pas franchi un autre pas qui est celui de s'approprier des
lieux. Il faut que les maisons interassociatives soient aussi des lieux pour ce mouvement
altermondialiste.
Ce mouvement ne réside pas uniquement autour
de la solidarité internationale mais repose sur des solidarités multiformes. Certaines
maisons se réfèrent aussi à la notion de droits.
Déjà la première internationale définissait le marché mondial comme une réalité et
une des conditions de l'entrée dans un monde en guerre. En 1980 nous assistons à un coup
d'Etat mondial avec cette décision de la hausse des taux d'intérêts et la fin du
compromis social de l'après guerre. Puis nous assistons à une période de restauration
de politiques agressives sur le plan social. Les années 90 sont marquées par
l'émergence d'un nouveau mouvement social qui touche de nombreux pays comme l'Italie,
l'Allemagne, la France (décembre 1995) ou la Corée du Sud. La lutte des infirmières de
1994 en France montre que l'opinion publique refuse de rompre avec le soutien d'un
mouvement social qui s'inscrit dans la durée.
Seattle en 1999 constitue l'apogée du mouvement anti-mondialisation avec le premier
échec de l'OMC après celui de l'AMI à Paris. C'est l'émergence des pays Baleines face
aux pays Dragons. C'est aussi le moment d'une grande recomposition avec le début de
convergences entre un certain nombre de syndicats de salariés, de mouvements paysans,
d'associations de consommateurs, d'ONG de solidarité internationale et des organisations
aux préoccupations environnementales. La plate-forme du Réseau des Lieux Associatifs de
Création et de Solidarité permet d'ailleurs de retrouver la convergence de ces
mouvements. C'est l'occasion de faire en sorte que, par exemple, les associations de
consommateurs deviennent autre chose que des défenseurs du libéralisme.
Chaque mouvement tend à se radicaliser dans le sens de vouloir traiter les problèmes à
la racine. Dans ce contexte nous arrivons à une prise de conscience sur la nécessité de
poser des alternatives, de passer de l'anti à l'alter d'où la dynamique des forums
sociaux.
Les Forums Sociaux sont des moments mais ne sont pas des espaces : il faut aussi des
points d'appui pour structurer ce mouvement.
Même si nos propositions sont fondées, dire qu'elles vont s'imposer d'
elles-mêmes n'est qu'en partie vrai. Le mouvement social peut aussi avancer dans des
négociations société civile à société politique. Il faut aussi des lieux pour
réfléchir et mener des expertises citoyennes, élaborer des résistances et aussi
avancer dans les pratiques.
Dans les années 70 à 80 nous assistons à de nouvelles politiques de
désengagement de l'Etat sur le plan social d'où la création de certains
types de maisons spécialisées comme les boutiques de solidarité, association
d'insertion. C'est aussi une période de crise de la décolonisation avec le
développement de régimes autoritaires et la non prise en charge de ce problème par les
pays du nord, ce qui implique une nécessaire mutation des ONG de solidarité
internationale et l'enjeu pour nous que l'urgence soit traitée autrement que par
l'humanitaire. Les mouvements de solidarité sont confrontés à la récupération par
l'Etat et à une certaine professionnalisation. Cependant l'action citoyenne portée par
Médecin du Monde de créer la Couverture Maladie Universelle a fini par porter ses
fruits.
La solidarité constitue déjà comme une réponse à la mondialisation libérale. Dans
les années 80 des lieux apparaissent pour prendre en compte ces nouvelles formes de
solidarité. Il y a la création de maisons logistiques comme l'AGECA à Paris, il y a la
création des Squats ou des Squat-arts et il y a aussi l'apparition de maisons
interassociatives comme le Centre internationale de Culture Populaire (CICP) à
Paris ou la Maison de la Nature et de l'Environnement (MNE) à Lille. Le projet du CICP a
pu aboutir grâce à une souscription qui a permis l'achat d'une maison rue de Nanteuil et
de démarrer à 30 associations. La Maison de la Nature et de l'Environnement très liée
aux questions d' écologie mais avec une ouverture sur la solidarité internationale a pu
voir le jour grâce à la construction d'un rapport de force durant les élections
municipales de 1977 qui s'est traduit par la mise à disposition d'un « quarante pièces
cuisine ». Ces exemples montrent aussi une capitalisation de
l'inventivité associative à travers ces lieux.
Au cours des années 70, l'émergence des associations en même temps que l' affirmation
des collectivités locales à travers la décentralisation pose la question des liaisons
qu'il peut y avoir entre ces deux nouveaux acteurs. L'indépendance des lieux
interassociatifs est importante tout comme l'ingénierie associative pour répondre aux
enjeux des nouvelles formes de solidarité.
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compte-rendu de la rencontre du 18 octobre 2003 |